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Glissements fortement rétrogressifs - Glissement mixte
Glissements fortement rétrogressifs - Phase 2 - Analyse d'un cas mixte coulée-étalement (CPS 25-26-07)
Poulin Leboeuf et al. (2022) indiquent que 3 % des glissements répertoriés au Québec entre 1970 et 2017 sont des glissements fortement rétrogressifs (superficie > 1 ha), dont des coulées, des étalements, des cas mixtes ou autres. Malgré leurs faibles fréquences, leurs étendues et la rapidité à laquelle ils surviennent les rendent dangereux et ils peuvent constituer un risque majeur pour la population et les infrastructures (Demers et al. 2014). Aux endroits où ils peuvent se produire, la délimitation des zones potentiellement exposées à ce type de glissement a une incidence majeure sur l’aménagement du territoire et sur l’utilisation des terrains déjà bâtis dans ces zones. Or, en raison de l’état limité des connaissances scientifiques sur cet aspect, l’approche cartographique actuelle utilisée par les ingénieurs du gouvernement repose sur une méthode empirique relativement prudente (Turmel et al., 2018). L’intérêt d’améliorer nos connaissances dans ce domaine est de raffiner la méthode de délimitation du zonage lors de la cartographie, afin que celui-ci ne soit pas trop contraignant pour l’aménagement du territoire, tout en demeurant sécuritaire. De plus, de meilleures connaissances sur l’initiation et la propagation des glissements fortement rétrogressifs vont permettre d’élaborer les méthodes de stabilisation plus sécuritaires pour les travailleurs s’affairant à stabiliser les talus à la suite d’une première rupture. Selon Ouranos (2015), d’ici 2050, les changements climatiques conduiront à une augmentation des précipitations et à des événements extrêmes plus fréquents, dont, entre autres, une augmentation des événements de pluies intenses qui, comme observé au Saguenay en 1996 (Perret et Bégin, 1997; et Leroueil et al., 2023), peuvent induire de nombreux glissements de terrain. Ceux-ci peuvent décharger des talus et initier des glissements fortement rétrogressifs. De plus, la puissance d’érosion des cours d’eau devrait être accrue lors d’événements météorologiques extrêmes, ce qui pourrait aussi contribuer à initier ces glissements (Locat J. et al., 2022). La fréquence des glissements fortement rétrogressifs pourrait donc augmenter avec les changements climatiques anticipés. Une meilleure compréhension de l’initiation de ces glissements permettra donc de mieux se préparer et de mieux s’adapter aux changements climatiques. Les travaux récents du LERN, en collaboration avec le MSI et le MTMD, se sont penchés sur des méthodes numériques, reproduisant le comportement du sol observé en laboratoire afin de simuler l’initiation de glissements de terrain fortement rétrogressifs dans des conditions comme observées sur le terrain (Tremblay-Auger et al., 2022; et Kirstein et al., 2023) avec l’hypothèse que la rupture progressive peut expliquer l’initiation et l’étendue des étalements. Les travaux récents de Therrien (2020) et Locat P. (2024) présentent des compilations respectives sur les étalements ainsi que sur les coulées argileuses et brossent le portrait le plus récent des connaissances sur ces glissements de terrain fortement rétrogressifs. Le cas du glissement de Saint-Luc-de-Vincennes de 2016 (Tremblay-Auger et al., 2021) est le premier cas de glissement mixte, c’est-à-dire combinant coulée et étalement, investigué en détail au Québec. Il a offert une opportunité d’analyser un site où les conditions d’initiation et de propagation d’une coulée et celles d’un étalement étaient combinées. Dans ce contexte, le projet de recherche présenté ici fait suite au projet « Glissements fortement rétrogressifs : investigation et modélisation numérique – CPS 21-22-20 ». Le projet présenté ici propose l’analyse du glissement mixte coulée-étalement ayant eu lieu à Saint-Prosper-de-Champlain le 5 avril 1953. Ce site a été retenu, de concert avec le MTMD, parce qu’il a déjà fait l’objet de sondages et forages de la part de ce ministère et parce que les deux phases « coulée/étalement » sont bien distinctes sur le terrain, ce qui va faciliter leur caractérisation respective.